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Maîtrise d'histoire. Monographies du canton de Vic-en-Bigorre | |
SAINT-LEZER Code INSEE 65325390
Le village de Saint Lézer se trouve à l’ouest du
canton. Son territoire communal est limité au nord par le territoire
de Vic-Bigorre, à l’est par les territoires de Vic-Bigorre et Pujo,
au sud par le territoire de Talazac et à l’ouest par les territoire
de Sanous et Casteide-Doat ( Pyrénées Atlanti- ques ).
Le principal cours d’eau est l’Echez, qui constitue sur une partie de son cours la limite est de la commune. Un deuxième cours d’eau est le canal du moulin, canal artificiel dérivé de l’Echez, qui passe à l’est du village au pied de la colline ( un moulin y subsiste, datable du XVIIIème siècle, mais un moulin fonctionnait déjà en 1402, voir note 20). Le ruisseau du Barmale, qui vient du sud, se jette dans ce canal. On peut également signaler le ruisseau du Bergons, qui coule au pied de la colline du village à l’ouest. La partie de vallée de ce village est consacrée à la culture du maïs, alors que les coteaux sont réservés aux habitations et à des bois, principalement. Le réseau de chemins Nous distinguons deux voies qui peuvent avoir une origine antique. La première voie est un chemin de crête qui part de la fortification antique, se dirigeant vers le sud en direction de la fortification protohistorique dite castet crabé à Lagarde. La deuxième voie est un chemin qui suit approximativement le cours de l’Echez à l’est du territoire communal. Cette voie de plaine orientée nord-sud se poursuit sur plusieurs kilomètres ( vers Siarrouy au sud, vers Larreule au nord ) en étant indifférente aux villages. Nous pensons que cette voie pourrait correspondre à un élément du réseau de voirie antique, à mettre en rapport avec le cadastre de Saint Lézer qui semble conserver des éléments de cadastration réguliers d’origine peut-être antique ( voir sur le document 9-1 bis les chemins qui partent régulièrement dans le sens est-ouest de ce chemin ). On remarque plusieurs voies qui servent aujourd’hui à relier
le village aux villages voisins: la D7, au sud, rejoint le village de Talazac.
Cette voie a été rectifiée récemment. Au nord
du village, cette voie rejoint le village de Vic-Bigorre. La D 63
part du village pour se diriger au sud vers le village de Montaner ( au
pied de la colline ). Un autre chemin qui lui est parallèle part
lui par la petite vallée du Barmale en direction de Tarasteix. La
D61 enfin passe au nord et à l’est du territoire communal en contournant
le village.
Le village Le village se regroupe en deux « noyaux », au pied
et au sommet d’un éperon collinaire. Un premier « noyau »
regroupe quelques habitations autour de l’actuelle église paroissiale,
au sommet de l’éperon ( quartier du Castet bieilh ). Un deuxième
« noyau », le plus important, se constitue de maisons modernes
( XVIIIème-XIXème siècle ) rassemblées autour
du carrefour ou patte d’oie formé par la D63 et la D7. Ces deux
noyaux que nous avons défini n’ont pas de structure définie
actuellement, les maisons sont simplement disposées le long des
voies de communication.
Période préromaine Roland Coquerel, lors de ses sondages dans tout le village, à
trouvé de nombreux tessons de l’âge du bronze et des deux
âges du fer ( voir annexe et note 1 ) et quelques haches polies (
document 9-2 ). On nous a également signalé une
grosse meule à grain ou broyeur ( longue pierre schisteuse polie
d’environ un mètre de long ) d’origine néolithique probable,
qui a été trouvée lors de la démolition d’une
maison dans la zone inférieure du village.
Période gallo-romaine Il est difficile de préciser à quel moment exact ont eu lieu les premiers contacts entre les romains et les indigènes ( commerciaux et de colonisation ). Les éléments archéologiques attestent cependant qu’au début de notre ère Saint-Lézer a été une cité importante installée sur l’emplacement du site protohistorique, au sommet de l’éperon. En effet cet éperon est entouré des vestiges d’une enceinte antique qui délimite une surface d’environ 250 mètres par 100 mètres (3) très riche en matériel antique (4). Cette muraille mesure actuellement 5-6 mètres de haut dans les parties les mieux conservées, pour environ un mètre d’épaisseur, et est construite en blocage avec un parement en opus reticulatum avec des lits de brique régulièrement disposés. Il subsiste également des éléments de tours, dont un certain nombre devait compléter le système défensif (5). Des traces de reprises en opus incertum et galets sont également visibles, traces d’une utilisation tardive, voire médiévale. Antiquité tardive et haut moyen-âge C’est au début du Vème siècle qu’apparaît
le premier document mentionnant ce village. La Notice des Provinces mentionne
en effet une civitas turba ubi castrum bigorra (6).
Autre indice archéologique, on a retrouvé à Saint Lézer au siècle dernier deux tiers de sous d’or ( triens ) frappés au VIème ou VIIème siècle par un monétaire nommée Taurecus dans un lieu Bigorra (9). Le moyen-âge Roland Coquerel le premier a déterminé qu’une zone
restreinte de la ville antique avait été utilisée
au moyen-âge pour abriter l’habitat médiéval, sous
la protection d’une motte castrale ( note 2, et document 9-4 et 9-5 ).
L’église paroissiale Cette église est signalée dans les pouillés de 1342 et de 1379 dans l’archiprêtré de Montaner (13). Cette église disparue est peut-être la « chapelle de tuco » mentionnée dans un document de 1750, qui devait se trouver dans la zone d’occupation médiévale près de la motte (15 ). En effet à cette époque l’église paroissiale était un bâtiment construit en 1621 ( dans l’actuel cimetière ), qui fut lui-même désaffecté vers 1845 ( voir document 9-4 et 9-5 ). A partir de cette date c’est l’église conventuelle qui devint paroissiale ( voir ci-dessous ). Le tuco du castet bieilh Le tuco est une grosse motte castrale d’une dizaine de mètres de hauteur, installée sur l’emplacement de la muraille antique au sud de la zone ( en position de barrage ). Cette motte a été dessinée la première fois sur le cadastre napoléonien ( document 9-6 ). On peut encore voir à son sommet des fragments de murs en galets et mortiers, vestiges probables d’une tour. Cette motte est signalée indirectement en 1521, lors de la fondation d’une prébende; à cette occasion est donnée une maison « scituée (sic) au lieu de saint Lézer appelé Castet-Vieilh » (14). En 1750 on trouve une mention : « la chapelle de tuco est dotée de 32 journaux de terre » (15). Cette motte est placée en position de barrage de l’éperon, et est en même temps accolée à l ’emplacement probable du village médiéval plus à l’est. L’abbaye Saint Lézer Elle est signalée pour la première fois dans un
texte de 1026, si on exclut les références perdues de Bertrandi
(16): Monasterium Sancti Licerii ad Aturum fluvium in suburbio civitatis
bigorritanae, anno 30 regni Robertis regis seu christi 1026 aut 1027 adhuc
hababat abbatem nomine Richardum. Ce texte remarquable nous apprend l’existence
d’un monastère de Saint Lézer dans les faubourgs de la ville
de Bigorra, près du fleuve Adour, et dont l’abbé s’appelle
Richard.
Les éléments archéologiques viennent heureusement
compléter cet ensemble remarquable de documents. Roland Coquerel
a effectué une série de sondages il y a une vingtaine d’années
qui permettent de se faire une idée du prieuré médiéval
(24).
Le territoire communal La motte de la barthe ( document 9-9 ) Le quartier de la Barthe se trouve au sud du territoire communal,
au croisement de la D7 partant au sud vers Talazac et d’un chemin partant
à l’est vers Pujo. A côté de ce croisement est construite
une motte tronconique entourée d’un large fossé. La motte
possède une plate-forme d’un diamètre d’environ 25 mètres,
et un fossé de 8 mètres de large environ; La motte dépasse
à peine le niveau du sol environnant ( environ deux mètres
): ici on a vraiment l’impression que la terre de creusement du fossé
a servi à exhausser faiblement la motte.
La toponymie est riche en noms rappelant l’état du sol et des cultures: la peyruque ( carrière de pierre ), la barthe, garrabet ( de garrabé, l’églantier ), la séguette ( de seguet, petite haie ), figuère ( le figuier ). Le Paris, nom d’un bois à l’ouest de la commune, est problématique: ce nom à consonance moderne est attesté au XVIIIème siècle, un arpentage avec plan de cette zone est même effectué en 1726 (29). Il convient de mettre à part également le toponyme
sausseignan près de l’Echez, d’origine probablement gallo-latine.
Plusieurs trouvailles de céramiques antiques ont été
anciennement signalées dans cette zone.
Essai de synthèse Le site de Saint-Lézer est exceptionnel à plusieurs
titres, tant par ses vestiges que par sa documentation. Ce site a probablement
été occupé pendant la protohistoire, peut-être
sous la forme d’un éperon barré. Une cité antique
s’est implantée à cet endroit, entourée d’un imposant
rempart dès le IIème ou IIIème siècle. Pendant
le haut-moyen-âge ( on ne sait pas quand ) la cité s’est «
contractée » sur un espace réduit, protégée
par une motte et un système de fossés, ainsi que probablement
une partie de l’enceinte antique remise en état. La question se
pose évidemment de l’antériorité de la « plate-forme
d’habitat médiéval » sur la motte.
Une question majeure qui se pose est celle du devenir de l’habitat proprement dit: Saint Lézer-Bigorra a semble-t-il été une capitale locale au moins jusqu’au Xème ou XIème siècle: or, c’est justement à cette époque que semblent s’implanter le siège épiscopal et le siège comtal à Tarbes, formant les deux noyaux de la Tarbes moderne: faut-il voir le « déclin » de saint Lézer dans un transfert des pouvoirs vers une nouvelle capitale ? L’hypothèse est séduisante, mais ne s’appuie sur aucun document certain. On constate en tout cas que le prieuré possède la totalité du village en 1300, et le conserve jusqu’à la Révolution. La motte castrale, pourtant élément important du village, n’est jamais mentionnée directement: a-t-elle été abandonnée très tôt ( motte comtale abandonnée au prieuré ? ). La même question se pose pour la motte de La Barthe, qui semble avoir un rôle dans le contrôle de la D7, mais qui n’est mentionnée nulle part. En définitive, c’est dans la reprise de fouilles organisées
et cohérentes que des réponses pourront être apportées
au pourquoi et au comment de ce site unique.
Notes: (1) Roland Coquerel, Recherches sur l’église conventuelle de
Saint Lézer, Société Ramond, p.8
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